Codes d'équivalence thérapeutique : comment la FDA évalue la substituabilité des génériques

Codes d'équivalence thérapeutique : comment la FDA évalue la substituabilité des génériques

Quand un pharmacien vous remplace un médicament de marque par un générique, il ne fait pas un choix au hasard. Il se base sur un système scientifique précis mis en place par la Food and Drug Administration (FDA) : les codes d’équivalence thérapeutique. Ces codes, publiés dans le Orange Book, déterminent si un générique peut être substitué sans risque à votre traitement d’origine. C’est un système simple, mais profondément technique, qui influence chaque jour des millions de prescriptions aux États-Unis.

Qu’est-ce qu’un code d’équivalence thérapeutique ?

Un code d’équivalence thérapeutique (TE) est une étiquette à deux lettres attribuée par la FDA à chaque médicament générique multisource. Il répond à une question cruciale : ce générique peut-il être remplacé par un autre sans que le patient subisse un changement dans son efficacité ou sa sécurité ? La réponse n’est pas toujours oui, et ce code vous le dit clairement.

Le premier caractère du code est le plus important. Si c’est un A, le générique est considéré comme thérapeutiquement équivalent à son médicament de référence. Cela signifie qu’il contient la même substance active, à la même dose, dans le même format (comprimé, gélule, etc.), et qu’il a été prouvé, par des études sur les patients, qu’il agit de la même manière dans l’organisme. Si c’est un B, la FDA ne peut pas encore affirmer qu’il est équivalent. Il faut plus d’informations.

Le système a été créé en 1980, après la loi Hatch-Waxman de 1984, pour encourager l’usage des génériques tout en garantissant la sécurité des patients. Aujourd’hui, plus de 14 000 produits sont listés dans l’Orange Book. Près de 90 % d’entre eux portent un code A. C’est ce qui permet aux pharmaciens de remplacer automatiquement les médicaments de marque dans 49 États américains, sans demander l’autorisation du médecin.

Les codes A : la norme pour les génériques substituables

Le code A est la norme. Il signifie que le générique est un substitut direct. Mais il n’est pas uniforme. Il peut avoir des sous-variantes : AB1, AB2, AB3, AB4. Pourquoi ? Parce qu’un même médicament peut avoir plusieurs versions de référence (appelées RLD - Reference Listed Drug). Par exemple, si trois marques différentes ont été utilisées comme référence pour tester des génériques de la même molécule, chaque générique doit être comparé à l’une de ces versions spécifiques.

Le code AB signifie que le générique a passé les tests de bioéquivalence. Ces tests mesurent la vitesse et l’étendue à laquelle la substance active est absorbée dans le sang. Pour un comprimé à libération immédiate, c’est relativement simple : on compare les courbes de concentration dans le sang entre le générique et le médicament de marque. Si elles sont presque identiques, le code AB est attribué.

Les génériques qui obtiennent un code A sont les plus faciles à substituer. Ils représentent la grande majorité des génériques sur le marché. Et c’est pour cela qu’ils génèrent des économies massives : 90 % des prescriptions aux États-Unis sont des génériques, mais ils ne représentent que 23 % des dépenses totales en médicaments. Soit environ 370 milliards de dollars économisés chaque année.

Les codes B : quand la substitution n’est pas garantie

Le code B n’est pas une interdiction. C’est une alerte. Il signifie que la FDA n’a pas encore suffisamment de données pour affirmer que le générique est équivalent. Ce n’est pas parce qu’il est mauvais - c’est parce qu’il est complexe.

Certaines formes galéniques sont difficiles à évaluer avec les méthodes classiques. Par exemple :

  • BC : formes à libération prolongée (comme les comprimés qui libèrent le médicament sur 12 heures)
  • BT : produits topiques (crèmes, pommades, gels)
  • BD : molécules avec des problèmes connus de bioéquivalence
  • BN : aérosols pour nébulisation
  • BR : suppositoires ou lavements pour une absorption systémique
  • BX : données insuffisantes pour juger

Un générique en BT peut être parfaitement efficace, mais il est difficile de prouver que la crème appliquée sur la peau libère exactement la même quantité de médicament que la version de marque. Les études de bioéquivalence standard ne fonctionnent pas bien ici. Pourtant, certains médecins et pharmaciens confondent B avec non équivalent. Ce n’est pas vrai. C’est juste non évalué.

En 2022, une enquête de l’American Medical Association a révélé que 42 % des médecins étaient perdus face aux codes B. Certains refusent même la substitution, même quand le générique est approprié. D’autres pharmaciens, à l’inverse, refusent de remplacer un produit B - même si la FDA ne l’interdit pas. C’est une source de confusion réelle dans les pharmacies.

Patient reçoit un médicament avec code A à gauche, crème avec code BT à droite, médecins en arrière-plan.

Comment les pharmaciens utilisent ces codes au quotidien

Un pharmacien ne remplace pas un médicament sans vérifier deux choses : la composition (même molécule, même dose, même forme) et le code TE. Il consulte l’Orange Book, souvent en ligne, avant de faire la substitution. Selon une étude de l’American Pharmacists Association en 2023, les pharmaciens passent en moyenne 2,7 minutes par ordonnance à vérifier ce code.

Cela peut sembler long, mais c’est un temps bien investi. La plupart des pharmacies ont des logiciels qui affichent automatiquement le code TE quand on saisit le nom du médicament. Mais les pharmaciens doivent savoir ce que signifient les lettres. Dans les écoles de pharmacie, les étudiants passent 4 à 6 heures à apprendre à les interpréter.

Les codes sont mis à jour chaque mois. Un nouveau générique peut passer de B à A si la FDA reçoit de nouvelles données. Un produit peut aussi être retiré si des problèmes de qualité apparaissent. En 2023, le site web de l’Orange Book a reçu 1,7 million de visites uniques en seulement deux mois. C’est une ressource vitale pour les professionnels de santé.

Les 38 États qui exigent que le médecin soit notifié lorsqu’un produit B est remplacé montrent à quel point ce système est pris au sérieux. Ce n’est pas juste une recommandation - c’est une règle de sécurité.

Différences avec l’Europe : pourquoi le système américain est unique

En Europe, l’Agence européenne des médicaments (EMA) ne utilise pas de système de codes. Chaque générique est évalué individuellement, avec des rapports scientifiques détaillés. Ce n’est pas un système de substitution automatique. Le pharmacien doit souvent consulter un médecin avant de changer de médicament.

Le système américain est plus rapide, plus simple, et plus intégré dans la pratique quotidienne. Il permet aux génériques de se répandre rapidement, ce qui explique pourquoi les États-Unis ont l’un des taux de substitution les plus élevés au monde. Mais il a un inconvénient : il ne s’adapte pas bien aux médicaments complexes. La FDA l’admet elle-même.

Entre 2018 et 2022, les demandes de génériques complexes (inhalés, injectables, topiques) avec un code B ont augmenté de 22 %. C’est parce que les méthodes traditionnelles de bioéquivalence ne fonctionnent plus. La FDA travaille sur de nouvelles approches : études in vitro plus sophistiquées, données du monde réel, modélisation mathématique. Son plan stratégique pour 2023-2027 vise à réduire de 30 % le nombre de codes B pour ces produits d’ici 2027.

Laboratoire de la FDA avec écrans holographiques analysant l'équivalence thérapeutique de médicaments complexes.

Que faire si vous voyez un code B sur votre ordonnance ?

Si vous voyez un générique avec un code B sur votre facture ou dans votre dossier pharmaceutique, ne vous inquiétez pas. Cela ne signifie pas que c’est dangereux. Cela signifie simplement que la FDA n’a pas encore pu le certifier comme équivalent à la version de marque.

Voici ce que vous pouvez faire :

  1. Consultez votre médecin ou votre pharmacien. Demandez : Est-ce que ce médicament est approprié pour moi, même s’il a un code B ?
  2. Ne refusez pas automatiquement la substitution. Certains produits B sont utilisés depuis des années sans problème.
  3. Si vous avez déjà eu des effets secondaires avec un générique, dites-le à votre médecin. Il peut préférer rester sur la version de marque.
  4. Si vous avez des doutes, demandez à voir l’Orange Book en ligne. La FDA met à disposition des explications claires pour chaque code.

Le système n’est pas parfait. Mais il fonctionne. Il a permis à des millions de patients d’accéder à des médicaments abordables sans compromettre leur santé. Et il continue d’évoluer pour s’adapter aux nouveaux défis de la pharmacie moderne.

Les prochaines étapes de la FDA

La FDA ne s’arrête pas là. En 2022, elle a publié un projet de guide pour moderniser l’évaluation de l’équivalence thérapeutique. Elle veut intégrer davantage de données du monde réel - comme les résultats des patients dans la vie quotidienne - pour évaluer les médicaments complexes.

Elle a aussi augmenté le nombre de Product-Specific Guidelines (directives spécifiques à chaque médicament) à plus de 1 850. Ces documents aident les fabricants à mieux concevoir leurs génériques pour obtenir un code A dès le départ.

Le but ? Réduire les incertitudes. Faire en sorte que même les génériques les plus complexes puissent être substitués en toute confiance. Ce n’est pas juste une question de coûts. C’est une question de confiance.

Qu’est-ce qu’un code d’équivalence thérapeutique (TE) ?

Un code d’équivalence thérapeutique est une étiquette attribuée par la FDA à un médicament générique pour indiquer s’il peut être remplacé par un autre produit sans risque pour la santé. Il est composé d’une lettre principale (A ou B) suivie éventuellement d’une ou deux lettres supplémentaires. Un code A signifie qu’il est considéré comme équivalent au médicament de référence.

Pourquoi certains génériques ont-ils un code B ?

Un code B signifie que la FDA n’a pas encore suffisamment de données pour affirmer que le générique est thérapeutiquement équivalent. Cela concerne souvent des formes complexes : crèmes, aérosols, comprimés à libération prolongée ou injectables. Ce n’est pas une interdiction, mais une alerte : il faut plus d’analyse.

Puis-je demander à mon pharmacien de ne pas remplacer mon médicament ?

Oui, absolument. Même si le générique a un code A, vous avez le droit de refuser la substitution. Votre médecin peut aussi écrire « NE PAS SUBSTITUER » sur l’ordonnance. C’est votre choix, et le pharmacien doit le respecter.

Les génériques avec code A sont-ils aussi efficaces que les médicaments de marque ?

Oui. La FDA exige que les génériques avec un code A soient bioéquivalents : ils doivent libérer la même quantité de médicament dans le sang à la même vitesse que le produit de référence. Des millions de patients les utilisent chaque jour sans problème. Les études montrent qu’il n’y a pas de différence clinique significative.

Où puis-je consulter les codes TE ?

Vous pouvez consulter l’Orange Book sur le site officiel de la FDA : www.fda.gov/orangebook. Il est gratuit, mis à jour chaque mois, et contient une base de données searchable avec tous les médicaments approuvés et leurs codes d’équivalence.

12 Commentaires

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    Julien Saint Georges

    novembre 22, 2025 AT 21:21

    Je viens de vérifier mon dernier générique : code AB2. J’ai cru que c’était un bug, mais non - c’est juste que la référence est différente. C’est fou comment un truc aussi technique peut changer la vie.

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    philippe naniche

    novembre 23, 2025 AT 08:17

    La FDA a un système qui marche, mais bon, faut pas croire que c’est la Bible. J’ai vu des AB1 qui faisaient plus de mal qu’un B tout nu.

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    Miruna Alexandru

    novembre 24, 2025 AT 10:25

    Le code B n’est pas une interdiction, c’est une invitation à la prudence - et pourtant, 42 % des médecins paniquent comme si c’était un avis de décès. La médecine moderne est une comédie tragique où les chiffres font peur, mais personne ne lit les notes en bas de page.


    On réduit la santé à des lettres, puis on s’étonne que les patients doutent. La bioéquivalence, c’est une science, pas une croyance. Et pourtant, on traite les patients comme des cobayes en leur disant : « C’est pareil, confiance. »


    La FDA a fait du bon boulot, mais elle ne peut pas compenser l’ignorance systémique des prescripteurs. On a créé un système pour simplifier, et on l’a transformé en mystère religieux.


    Je n’ai jamais compris pourquoi on appelle ça « équivalence » quand on sait très bien que les excipients, la vitesse de libération, ou même la taille du comprimé peuvent changer la perception du traitement. Pas la pharmacocinétique - la perception.


    Et puis, pourquoi les codes sont-ils si peu accessibles aux patients ? On leur donne un code, pas d’explication. Comme si c’était une formule magique. « AB4 » - c’est pas un mantra, c’est un résultat d’analyse.


    La transparence n’est pas un luxe, c’est un droit. Et si on veut que les gens fassent confiance aux génériques, il faut leur apprendre à lire les codes, pas à les craindre.


    Le vrai problème, ce n’est pas le code B. C’est qu’on a arrêté d’enseigner la pharmacie comme une science, et qu’on l’a réduite à une logistique de remplacement.


    Je ne demande pas qu’on supprime les codes. Je demande qu’on les explique. Comme on explique une recette de cuisine - pas comme un décret.

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    Bregt Timmerman

    novembre 25, 2025 AT 15:02

    En France on a pas besoin de ce bordel. On a des médecins qui décident, pas des algorithmes américains. Le générique, c’est pour les pauvres, pas pour les vrais malades.

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    Corinne Serafini

    novembre 25, 2025 AT 18:57

    Je suis désolée, mais j’ai vu un patient de 78 ans qui a eu une crise d’angine après un changement de générique. Code A. Et maintenant, il est en rééducation. C’est pas juste une question de chiffres. C’est la vie.

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    Sophie LE MOINE

    novembre 27, 2025 AT 14:37

    Le code B me fait peur… mais je le lis toujours. Merci pour ce post, j’ai appris plein de trucs !

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    Thibaut Bourgon

    novembre 28, 2025 AT 15:36

    Je suis pharmacien. J’ai vu des B qui marchaient mieux que les A. Faut pas avoir peur. La science, c’est pas que des lettres.

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    Rudi Timmermans

    novembre 28, 2025 AT 17:57

    Je trouve ça génial que la FDA mette tout ça à jour chaque mois. C’est rare de voir une agence aussi transparente. Les patients devraient savoir qu’ils peuvent vérifier eux-mêmes.

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    Daniel Jean-Baptiste

    novembre 29, 2025 AT 19:56

    le code a cest cool mais jai vu un mec qui a eu une reaction a un ab1 et le doc il a dit cest normal... jsp

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    Noé García Suárez

    décembre 1, 2025 AT 03:57

    Le système TE est une avancée majeure de la pharmacovigilance moderne, mais il repose sur un paradigme bioéquivalent qui est de plus en plus obsolète face aux thérapies complexes. Les modèles pharmacocinétiques linéaires ne capturent pas la dynamique des systèmes à libération contrôlée, ni les effets de la variabilité interindividuelle dans le métabolisme. Il est urgent d’adopter des approches basées sur les données du monde réel - PBPK, in vitro-in vivo extrapolation, et biomarqueurs de réponse clinique - pour évaluer l’équivalence thérapeutique dans l’ère post-Hatch-Waxman.


    La FDA est en train de le faire, mais la communauté médicale est encore prisonnière d’un schéma de pensée réductionniste. On ne peut pas évaluer un patch transdermique comme un comprimé à libération immédiate. C’est comme comparer une symphonie à un beep.


    Le vrai défi n’est pas technique - c’est cognitif. Il faut réformer l’enseignement de la pharmacie. Pas juste apprendre les codes, mais comprendre pourquoi ils existent.

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    James Sorenson

    décembre 1, 2025 AT 16:47

    90 % des génériques en code A ? Ben oui, parce que les labos font des copies parfaites… ou presque. Et la FDA ? Elle ferme les yeux sur les excipients qui font des miracles… ou des dégâts. Le vrai générique, c’est pas le médicament, c’est la politique de santé publique.

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    Fabien Galthie

    décembre 2, 2025 AT 22:22

    Les Américains croient que tout peut être réduit à un code. En France, on a des médecins. Des vrais. Pas des algorithmes qui décident si ton traitement est bon ou pas. Ce système est une honte.

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