Réponse du gouvernement aux pénuries de médicaments : actions fédérales en 2025-2026

Réponse du gouvernement aux pénuries de médicaments : actions fédérales en 2025-2026

Les pénuries de médicaments ont atteint un niveau sans précédent aux États-Unis

En 2025, plus de 277 médicaments étaient encore en pénurie aux États-Unis, selon les données de Global Biodefense. Parmi eux, des traitements essentiels comme les antibiotiques, les anesthésiques et les médicaments contre le cancer. Les hôpitaux n’ont plus de solution simple : ils doivent remplacer ces médicaments par des alternatives, souvent moins efficaces, plus chères, ou plus risquées. Les pharmaciens passent plus de 10 heures par semaine à gérer ces ruptures. Les patients, eux, skipent des doses, retardent des traitements, ou pire - subissent des erreurs médicamenteuses parce qu’un produit a été remplacé sans préavis.

Le plan fédéral : stocker les matières premières, pas les médicaments

En août 2025, le président Trump a signé l’ordonnance exécutive 14178, qui a radicalement changé la stratégie nationale. Au lieu de stocker des médicaments finis, le gouvernement a créé le Strategic Active Pharmaceutical Ingredients Reserve (SAPIR). Ce réservoir contient maintenant des matières premières actives (API) pour 26 médicaments critiques. Pourquoi ? Parce qu’une API coûte 40 à 60 % moins cher à stocker qu’un médicament fini, et elle dure 3 à 5 ans de plus. De plus, 80 % des API utilisées aux États-Unis viennent de Chine - un point de vulnérabilité évident.

Le SAPIR n’est pas une idée neuve : il a été lancé en 2020, mais il a été massivement élargi en 2025. L’objectif est clair : avoir des ingrédients en réserve pour fabriquer rapidement les médicaments en cas de crise. Le département de la Santé (HHS) affirme que ce plan a déjà empêché 12 pénuries d’antibiotiques depuis août 2025. Mais aucune preuve indépendante ne confirme ces chiffres.

Les limites d’un plan qui ignore la réalité

Le problème ? Le SAPIR ne couvre qu’une fraction des médicaments en pénurie. Selon la FDA, 98 % des pénuries concernent des médicaments hors de la liste des 26. Les oncologues le savent bien : les médicaments contre le cancer représentent 31 % de toutes les pénuries, mais seulement 4 % du SAPIR. Un médecin traitant un patient atteint d’un cancer peut se retrouver sans cisplatine, alors que le réservoir contient de l’oxytocine ou du fentanyl - des médicaments importants, mais pas ceux dont il a besoin.

De plus, les infrastructures de production restent concentrées. 78 % des injections stériles sont fabriquées dans seulement 5 usines aux États-Unis. Si l’une d’elles tombe en panne - à cause d’un défaut de fabrication, d’un incendie, ou d’une interruption de livraison - tout le système vacille. Et malgré des investissements fédéraux, seulement 12 % de la production d’API a été ramenée sur le sol américain depuis 2018. Les nouvelles usines construites en 2024 sont souvent situées en Irlande ou à Singapour, pas dans le Midwest.

Pharmaciens en quête d'alternatives dans un hôpital, tandis qu'une infographie montre que 98 % des pénuries ne sont pas couvertes par la réserve.

Les lois en cours : une réponse trop lente et trop faible

Le Congrès travaille sur deux projets de loi : H.R.5316, la Drug Shortage Act, et la Drug Shortage Prevention and Mitigation Act. Le premier permettrait aux hôpitaux de préparer des médicaments sur mesure en cas d’urgence. Le second proposerait des paiements Medicare aux hôpitaux qui maintiennent des stocks d’alternatives. Mais ces mesures sont réactives, pas préventives.

Le budget fédéral 2026 réduit de 22 % les fonds destinés à BARDA, l’agence qui finançait les innovations en fabrication continue. Il coupe aussi 850 millions de dollars d’aides aux États pour la préparation sanitaire. Alors que l’Union européenne impose aux pays membres de maintenir des stocks obligatoires et dispose d’un système centralisé de suivi des pénuries - ce qui a réduit les ruptures de 37 % entre 2022 et 2024 - les États-Unis se contentent de mesures fragmentées.

La FDA : entre flexibilité et manque de pouvoir

La FDA est le principal acteur sur le terrain. Elle travaille directement avec les fabricants pour résoudre 85 % des pénuries en accélérant les inspections, en autorisant des importations temporaires, ou en modifiant les exigences réglementaires. C’est ainsi qu’elle a résolu la crise du sérum physiologique en 2020, qui touchait 90 % des hôpitaux.

Mais son pouvoir est limité. La loi oblige les fabricants à signaler une pénurie potentielle six mois à l’avance. Pourtant, seuls 58 % le font. Pour les petites entreprises (moins de 50 employés), le taux de non-respect monte à 82 %. Entre 2020 et 2024, la FDA n’a émis que 17 lettres d’avertissement pour non-signalement - contre 142 en Europe. Et même si elle a lancé un nouveau système d’analyse prédictive en novembre 2025, capable de prévoir les pénuries avec 82 % de précision 90 jours à l’avance, ce système ne peut rien faire si les fabricants ne communiquent pas.

Les hôpitaux : au bord du système

Les hôpitaux ne sont pas des spectateurs. Ils paient le prix fort. Selon l’American Hospital Association, chaque établissement dépense en moyenne 1,2 million de dollars par an pour gérer les pénuries. 68 % des hôpitaux rapportent des retards de traitement. 42 % ont déjà commis des erreurs médicamenteuses à cause de substitutions. Les pharmaciens doivent vérifier des dizaines de fournisseurs pour un seul médicament. Certains compilent du cisplatine à partir de poudre brute, une pratique extrême et risquée.

Seuls 28 des 50 États ont mis en place les protocoles de traçabilité exigés par le plan de 2025. Dans les zones rurales, les systèmes informatiques sont trop anciens pour intégrer les nouveaux outils. Les pharmaciens doivent suivre 40 heures de formation pour gérer les protocoles de pénurie - un luxe que les petits hôpitaux ne peuvent pas se permettre.

Scène comparée : Europe organisée avec tableaux en temps réel contre États-Unis chaotique où les pharmaciens mélangent des médicaments manuellement.

Le vrai problème : l’absence d’incitation économique

Les pénuries ne sont pas un problème de logistique. Elles sont un problème économique. Les médicaments les plus critiques - comme les antibiotiques ou les injections stériles - rapportent très peu d’argent. Les fabricants ne veulent pas investir dans des lignes de production redondantes, dans des stocks de sécurité, ou dans des usines américaines coûteuses. Le marché est dominé par trois entreprises qui contrôlent 68 % de la production d’injections stériles. Un seul défaut de fabrication peut bloquer tout un pays.

Le coût annuel des pénuries est estimé à 5,2 milliards de dollars. Mais les subventions fédérales pour la recherche sur de nouvelles méthodes de fabrication - comme la production continue - ont baissé de 18 % entre 2024 et 2025. Sans changement fondamental dans la manière dont ces médicaments sont payés, aucune réserve d’ingrédients, aucun système d’alerte, aucune loi ne pourra résoudre le problème à long terme.

Les pistes réelles de solution

Les seules actions qui ont montré des résultats sont celles qui obligent à la transparence. Le programme pilote de notification précoce de la FDA a réduit la durée des pénuries de 28 %. Mais l’administration actuelle affaiblit ces exigences. En revanche, l’Union européenne impose la transparence et obtient des résultats. Le système de l’EMA permet de voir en temps réel où sont les stocks, où sont les ruptures, et qui peut fournir quoi.

Le seul espoir réel est de rendre la production de médicaments essentiels économiquement viable. Cela signifie : payer plus pour ces médicaments, garantir des contrats d’achat à long terme, et encourager la concurrence. Le financement de 285 millions de dollars annoncé par le Département du Commerce sous le CHIPS Act est un bon début - mais il couvre moins de 5 % du besoin réel. Sans un changement de modèle économique, les pénuries continueront.

Que faire maintenant ?

Les patients ne peuvent pas attendre. Si vous ou un proche dépendez d’un médicament critique, gardez un stock de secours si possible. Parlez à votre pharmacien : il connaît les alternatives et les fournisseurs. Signalez toute pénurie sur le portail de la FDA. Et exigez des responsables politiques qu’ils passent de la réaction à la prévention - en soutenant les lois qui obligent la transparence, qui encouragent la concurrence, et qui récompensent la production locale de médicaments essentiels. Les réserves d’ingrédients ne sauveront pas tout. Mais une politique fondée sur la vérité, la transparence et l’équité, oui.

Quels sont les médicaments les plus touchés par les pénuries en 2025 ?

Les médicaments les plus fréquemment en pénurie en 2025 sont les injections stériles : antibiotiques comme la vancomycine, anesthésiques comme le propofol, et médicaments anticancéreux comme le cisplatine et le doxorubicine. Ces produits représentent 73 % de toutes les ruptures. Leur production est complexe, coûteuse, et peu rentable, ce qui décourage les fabricants de maintenir des stocks suffisants.

Le SAPIR peut-il vraiment empêcher les pénuries ?

Le SAPIR peut aider en cas de crise soudaine - par exemple, si un fournisseur chinois bloque l’exportation d’une API. Mais il ne résout pas les causes profondes : la concentration de la production, les faibles marges, et le manque de transparence. Il ne couvre que 26 médicaments, alors que plus de 277 sont en pénurie. C’est une solution d’urgence, pas un plan structurel.

Pourquoi les fabricants ne signalent-ils pas les pénuries à temps ?

Parce qu’il n’y a pas de sanction efficace. La loi exige un signalement six mois à l’avance, mais la FDA n’a émis que 17 avertissements entre 2020 et 2024. Pour les petites entreprises, le processus est trop lourd, et les risques de pénurie sont souvent perçus comme un coût normal du métier. Sans pression réelle, la transparence reste un choix, pas une obligation.

Quelle est la différence entre la stratégie américaine et européenne ?

L’Union européenne oblige chaque pays à maintenir des stocks obligatoires de médicaments critiques et utilise un système centralisé de suivi en temps réel. Les États-Unis comptent sur des initiatives volontaires, des réserves d’ingrédients, et des mesures ponctuelles. Résultat : les pénuries ont baissé de 37 % en Europe entre 2022 et 2024, mais augmentent aux États-Unis.

Les patients peuvent-ils faire quelque chose pour éviter les pénuries ?

Oui. Parlez à votre médecin et à votre pharmacien : demandez s’il existe une alternative, un fournisseur différent, ou un stock de sécurité. Ne laissez pas votre traitement se terminer sans plan de rechange. Signalez toute pénurie sur le portail de la FDA. Et soutenez les politiques qui exigent la transparence et récompensent la production locale. Votre voix peut faire la différence.

12 Commentaires

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    jacques ouwerx

    janvier 9, 2026 AT 10:36
    C'est fou comment on préfère stocker des poudres coûteuses plutôt que des médicaments prêts à l'emploi... On dirait qu'on joue aux échecs avec la vie des gens.
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    Jean-Pierre Vanfürt

    janvier 9, 2026 AT 14:08
    SAPIR ? C'est juste un masque pour cacher que les USA ont laissé la production médicale à la Chine... Et maintenant ils veulent qu'on croie que c'est une stratégie ? C'est du déni collectif.
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    Mathieu MARCINKIEWICZ

    janvier 10, 2026 AT 01:54
    je sais pas si vous avez vu mais dans certaines cliniques en normandie, les pharmaciens font des mélanges de cisplatine en backroom... c'est du bricolage médical mais c'est ce qui sauve des vies. la vraie crise c'est qu'on a arrêté de penser en termes de soins et plus en termes de profit.
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    Frédéric Nolet

    janvier 11, 2026 AT 11:04
    franchement je suis étonné que personne ne parle du fait que les petites entreprises n'ont pas les moyens de suivre les nouvelles règles... c'est pas leur faute si elles sont écrasées par les géants. faut les aider, pas les punir.
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    Claire Macario

    janvier 13, 2026 AT 04:24
    La logique économique derrière tout ça est simple : si un médicament ne rapporte pas assez, il n'a pas sa place dans un système qui mesure tout en ROI. Mais quand on traite la santé comme une entreprise, on oublie qu'on traite des vies. Et ça, ça ne se calcule pas.
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    ninon roy

    janvier 14, 2026 AT 20:11
    les europeens ont tout bon et nous on fait des réserves de poudre comme des amateurs... c'est pas même drôle
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    Jacque Meredith

    janvier 16, 2026 AT 17:35
    Les patients qui signalement les pénuries sur le site de la FDA ? C'est une blague ? Vous croyez vraiment que ça change quelque chose ?
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    Charles Goyer

    janvier 17, 2026 AT 20:47
    Le vrai problème, c'est qu'on attend toujours que quelqu'un d'autre agisse. Les hôpitaux, les pharmaciens, les patients... tout le monde fait ce qu'il peut, mais personne ne force les décideurs à changer le système. Et ça va continuer jusqu'à ce qu'un enfant meure à cause d'une substitution.
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    James Fitzalan

    janvier 18, 2026 AT 07:33
    J'ai vu un médecin pleurer dans un couloir d'hôpital parce qu'il n'avait plus de propofol pour un enfant en urgence. Et vous savez ce qu'il a fait ? Il a utilisé une solution de chlorure de sodium diluée... pour calmer l'anxiété. C'est pas une pénurie. C'est une tragédie organisée.
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    André Dellara

    janvier 19, 2026 AT 14:53
    Je suis français, et je dois dire que l'approche européenne, même imparfaite, me paraît bien plus humaine. Nous avons des stocks obligatoires, des rapports transparents, et une volonté politique de protéger les médicaments essentiels comme des biens publics. Chez vous, c'est un marché libre... avec des vies en jeu. Je ne comprends pas comment vous pouvez accepter ça.
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    Yannick Lebert

    janvier 21, 2026 AT 02:36
    SAPIR... ça sonne comme un nom de produit de luxe... "SAPIR Premium, la poudre magique qui sauve les vies... peut-être" 😒
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    armand bodag

    janvier 22, 2026 AT 03:16
    La question fondamentale n'est pas celle des stocks ou des lois. Elle est métaphysique : pourquoi une société qui prétend valoriser la vie refuse-t-elle de payer pour la préserver ? Les antibiotiques ne sont pas des gadgets, ils sont l'ossature de la médecine moderne. Et si on ne les protège pas, on n'a pas de médecine. On a un spectacle. Et nous, nous sommes le public. En attente de la prochaine tragédie programmée.

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