Spondylolisthésie : Douleur dorsale, instabilité et choix de fusion vertébrale

Spondylolisthésie : Douleur dorsale, instabilité et choix de fusion vertébrale

Qu’est-ce que la spondylolisthésie ?

La spondylolisthésie est une condition où une vertèbre glisse en avant par rapport à celle qui se trouve juste en dessous. Ce décalage n’est pas une simple mauvaise posture : c’est une déformation structurelle du rachis, souvent localisée entre la cinquième vertèbre lombaire (L5) et le sacrum (S1). Le mot vient du grec : spondylo signifie vertèbre, et olisthésis signifie glissement. Environ 6 % de la population mondiale est concernée, avec une prévalence plus élevée chez les femmes et les personnes de plus de 50 ans. Mais ce n’est pas seulement une maladie des seniors : 2,6 % des enfants de moins de 6 ans présentent aussi cette anomalie, souvent liée à des facteurs génétiques.

Les cinq types de spondylolisthésie

La spondylolisthésie ne se présente pas d’une seule façon. Elle se divise en cinq types, selon sa cause :

  • Dysplasique : née d’un défaut de naissance des articulations vertébrales, souvent détectée chez les enfants.
  • Isthmique : causée par une fracture dans la partie appelée pars interarticularis, fréquente chez les gymnastes, haltérophiles ou joueurs de football à cause des mouvements répétés d’extension du dos.
  • Dégénérative : la plus courante chez les adultes, due à l’usure des disques et des articulations par l’arthrite. Elle représente environ 65 % des cas chez les plus de 50 ans.
  • Pathologique : provoquée par une maladie osseuse, une tumeur ou une infection qui affaiblit la vertèbre.
  • Traumatique : résultant d’un accident ou d’un choc violent qui casse une partie de la vertèbre.

Le type dégénératif est le plus fréquent chez les adultes, tandis que chez les jeunes, c’est souvent l’isthmique qui est en cause. La différence est cruciale pour choisir le bon traitement.

Comment savoir si vous en souffrez ?

La bonne nouvelle ? Près de la moitié des personnes atteintes n’ont aucun symptôme. Elles ne le savent même pas. La mauvaise nouvelle ? Quand les symptômes apparaissent, ils peuvent être très gênants.

La douleur dorsale est la plus courante. Elle ressemble souvent à une simple contracture musculaire, mais elle s’aggrave en restant debout ou en marchant, et elle s’atténue en s’asseyant ou en se penchant en avant. 82 % des patients rapportent cette amélioration en position assise. La douleur peut aussi irradier vers les fesses et l’arrière des cuisses, comme dans une sciatique.

Autre signe fréquent : des ischio-jambiers très tendus. 70 % des personnes concernées ont ce problème. La raideur du dos et la difficulté à rester debout longtemps touchent 55 à 60 % des cas. Dans les formes sévères - où la vertèbre a glissé de plus de 50 % (Grade III ou IV selon la classification de Meyerding) - 35 % des patients développent des symptômes neurologiques : fourmillements, engourdissement ou faiblesse dans une jambe, voire les deux. C’est un signe d’irritation des nerfs spinaux.

À long terme, une spondylolisthésie non traitée peut modifier la courbure naturelle du dos : d’abord un creux excessif (lordose), puis, dans 28 % des cas avancés, un dos voûté (cyphose).

Comment est-elle diagnostiquée ?

Le diagnostic commence par une simple radiographie debout du dos. C’est la seule façon de voir exactement à quel point la vertèbre a glissé. Ensuite, selon la gravité, un scanner peut être prescrit pour voir les détails osseux - surtout si une fracture est suspectée. Une IRM est utile pour évaluer les nerfs comprimés, les disques dégénérés ou les inflammations des tissus mous.

La classification de Meyerding est utilisée pour mesurer la gravité : de Grade I (moins de 25 % de glissement) à Grade IV (plus de 75 %). Les cas de Grade III et IV sont rares, mais ils posent plus de risques neurologiques et nécessitent souvent une intervention plus rapide.

Une étude de 2023 a montré que la dégradation du disque intervertébral est plus liée à l’âge qu’au degré de glissement. Cela signifie que traiter la douleur, c’est aussi traiter l’usure du disque, pas seulement repositionner la vertèbre.

Comparaison visuelle d'une colonne vertébrale saine et d'une colonne atteinte de spondylolisthésis dégénérative, avec un kinésithérapeute en action.

Traitements non chirurgicaux : ce qui marche vraiment

La plupart des cas de spondylolisthésie peuvent être gérés sans opération. Les trois piliers du traitement conservateur sont : repos modéré, kinésithérapie et médicaments.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme le kétoprofène ou l’ibuprofène aident à réduire la douleur et l’inflammation. Les injections de corticoïdes dans l’espace péridural peuvent soulager les douleurs irradiantes, mais leur effet est souvent temporaire.

La kinésithérapie est la clé. Un programme de 12 à 16 semaines, suivi régulièrement, améliore la stabilité du tronc et réduit la douleur chez 65 % des patients. Les exercices se concentrent sur :

  • Renforcement des muscles profonds du dos et du ventre (transverse de l’abdomen, multifideux)
  • Étirement des ischio-jambiers (très souvent trop courts)
  • Amélioration de la posture et de la marche

Il faut éviter les sports à risque : gymnastique, haltérophilie, football, plongeon. Ces activités mettent une pression extrême sur la région lombaire et peuvent aggraver la fracture ou le glissement.

Si la douleur persiste plus de 3 à 4 semaines, ou si vous avez des fourmillements dans les jambes, il est temps de consulter un spécialiste. Ne pas attendre.

La fusion vertébrale : quand et pourquoi ?

Quand les traitements conservateurs échouent après 6 à 12 mois, et que la douleur ou l’instabilité gâchent la vie quotidienne, la chirurgie devient une option sérieuse. La fusion vertébrale est la méthode la plus utilisée. Elle consiste à relier deux vertèbres pour les bloquer ensemble, en utilisant des vis, des barres et parfois un greffon osseux.

Il existe trois principales techniques :

  1. Fusion posterolatérale (55 % des cas) : les greffons sont placés sur les côtés des vertèbres. Moins invasive, mais moins efficace pour les glissements sévères.
  2. Fusion intercorporelle (35 %) : le disque endommagé est retiré et remplacé par un implant. Cela restaure la hauteur du disque, décompresse les nerfs et stabilise mieux. Inclut les approches PLIF et TLIF.
  3. Techniques mini-invasives (10 %) : petites incisions, moins de dommages aux muscles, récupération plus rapide. De plus en plus utilisées, surtout chez les patients âgés.

Les taux de succès varient : la fusion posterolatérale réussit dans 75 à 85 % des cas pour les glissements légers (Grade I-II), mais seulement 60 à 70 % pour les formes sévères. La fusion intercorporelle, elle, atteint 85 à 92 % de réussite, quel que soit le grade. Pourquoi ? Parce qu’elle corrige non seulement le glissement, mais aussi la déformation du disque qui cause la compression nerveuse.

Les nouvelles avancées en 2025

Depuis 2022, deux nouveaux implants intercorporels ont été approuvés par la FDA, conçus spécifiquement pour la spondylolisthésie. Les premiers résultats montrent 89 % de fusion réussie à 6 mois, contre 82 % avec les anciens modèles.

Des traitements biologiques comme la protéine morphogénétique osseuse (BMP-2) et les cellules souches sont en cours d’étude. Un essai multicentrique en 2023 a montré que le BMP-2 augmente le taux de fusion à 94 % chez les patients à haut risque, contre 81 % avec une greffe osseuse classique.

Parallèlement, des dispositifs de stabilisation dynamique - qui limitent le mouvement excessif sans bloquer complètement la colonne - gagnent en popularité pour les cas légers. Mais leurs résultats à long terme (plus de 5 ans) restent moins fiables que la fusion : 76 % de réussite contre 88 % pour la fusion.

Le marché mondial des fusions vertébrales devrait atteindre 7,8 milliards de dollars d’ici 2027, poussé par le vieillissement de la population et une meilleure détection des cas.

Intervention chirurgicale mini-invasive de fusion vertébrale avec implant et éléments biologiques en voie de fusion osseuse.

Avant et après la chirurgie : ce qu’il faut savoir

Si vous envisagez une fusion, préparez-vous bien avant l’opération. Fumer augmente le risque de pseudoarthrose (échec de la fusion) de 3,2 fois. Perdre du poids est aussi crucial : un IMC supérieur à 30 augmente les complications de 47 %.

Après l’opération, vous devrez éviter les mouvements brusques pendant 6 à 8 semaines. La rééducation physique dure 3 à 6 mois. Une récupération complète peut prendre entre 12 et 18 mois.

Le taux de satisfaction des patients est de 78 à 85 % après deux ans. Mais attention : 12 à 15 % des patients avec un glissement sévère auront besoin d’une seconde opération. Pourquoi ? Parce que les vertèbres voisines, maintenant plus sollicitées, peuvent commencer à se dégrader - un phénomène appelé « maladie du segment adjacent ». Il touche 18 à 22 % des patients dans les cinq ans suivant la chirurgie.

Comment choisir la bonne option ?

Il n’y a pas de solution unique. Voici un guide simple :

  • Grade I ou II + douleur modérée : commencez par la kinésithérapie. Attendez 6 mois. Si ça ne va pas, la fusion intercorporelle est la meilleure option.
  • Grade III ou IV + douleur ou faiblesse dans les jambes : la fusion est presque toujours recommandée. La technique intercorporelle est préférable.
  • Jeune athlète avec spondylolyse : arrêtez les sports à risque. Une rééducation ciblée peut guérir la fracture avant qu’elle ne devienne une spondylolisthésie.
  • Personne âgée avec comorbidités : privilégiez les techniques mini-invasives et une rééducation douce. La fusion reste efficace, mais les risques doivent être pesés.

Une étude récente a identifié 11 critères cliniques et radiologiques qui permettent de prédire avec 83 % de précision qui bénéficiera vraiment d’une chirurgie. Cela aide à éviter les interventions inutiles.

Quels sont les pièges à éviter ?

Ne vous laissez pas persuader de vous faire opérer juste parce que votre radiographie montre un glissement. Beaucoup de gens ont un glissement sans douleur. La décision doit être basée sur vos symptômes, pas sur une image.

Ne négligez pas la kinésithérapie. Beaucoup de patients arrêtent trop tôt, après 4 semaines. Il faut au moins 12 semaines pour voir un vrai changement.

Ne pensez pas que la fusion est une « solution magique ». C’est une intervention sérieuse avec des risques. Mais pour les bons patients, elle peut redonner une vie normale.

La spondylolisthésie peut-elle disparaître sans traitement ?

Oui, dans certains cas. Les glissements légers (Grade I) chez les jeunes peuvent se stabiliser avec du repos et une rééducation. Mais si la douleur persiste ou s’aggrave, ou si le glissement progresse, le traitement est nécessaire. Le corps ne répare pas un glissement osseux par lui-même - il peut seulement s’adapter. Sans intervention, la dégradation peut continuer.

La fusion vertébrale empêche-t-elle tout mouvement du dos ?

Non, pas complètement. La fusion bloque uniquement la vertèbre concernée. Le reste de la colonne - les autres lombaires, le thorax et le cou - conserve sa mobilité. La plupart des patients retrouvent une flexibilité presque normale après rééducation. L’objectif n’est pas de « bloquer » tout le dos, mais d’éliminer le point d’instabilité douloureuse.

Quelle est la différence entre spondylolyse et spondylolisthésie ?

La spondylolyse est une fracture dans la partie duosseuse appelée pars interarticularis. La spondylolisthésie, c’est le glissement de la vertèbre qui suit cette fracture. Tous les cas de spondylolisthésie ne viennent pas d’une spondylolyse - par exemple, la forme dégénérative n’a pas de fracture. Mais la plupart des spondylolisthésies isthmiques commencent par une spondylolyse non traitée.

Les injections de corticoïdes guérissent-elles la spondylolisthésie ?

Non. Elles réduisent l’inflammation et la douleur temporairement, ce qui permet de mieux suivre la kinésithérapie. Mais elles ne réparent pas la fracture ni ne repositionnent la vertèbre. Ce sont un outil de soulagement, pas une solution définitive.

Puis-je continuer à faire du sport après une fusion ?

Après une année de récupération, la plupart des patients peuvent reprendre des activités physiques modérées : marche, vélo, natation, yoga doux. Les sports à impact, à hyperextension ou à contact (football, gymnastique, haltérophilie) sont déconseillés. L’objectif est de protéger la colonne, pas de la surcharger.