Les médicaments qui expirent trop tôt coûtent cher - et nuisent à l’environnement
Chaque année, des milliers de comprimés, gélules et seringues encore valides finissent à la poubelle. Dans les cliniques, les pharmacies et même les foyers, les médicaments non utilisés sont jetés parce qu’ils approchent de leur date de péremption. Pourtant, beaucoup de ces produits restent efficaces bien après cette date. Le problème ? La peur, la mauvaise gestion et des systèmes obsolètes poussent à une perte massive. Selon une étude de l’A-SMEDS en 2023, le système de santé américain perd environ 20 milliards de dollars par an à cause de ce gaspillage. En France, les chiffres sont similaires : les établissements de petite taille perdent en moyenne entre 15 000 et 25 000 euros par an en médicaments périmés - alors qu’ils sont encore bons à utiliser.
La solution n’est pas de prolonger les dates de péremption arbitrairement, mais de mieux gérer ce qu’on a déjà. Il s’agit de ne pas acheter trop, de stocker correctement, et de distribuer au plus juste. C’est une question de logistique, de formation, et de culture.
Stockez bien : la température fait toute la différence
Un médicament peut être périmé avant même d’être ouvert - simplement parce qu’il a été mal conservé. Les insulines, les vaccins, certains antibiotiques ou traitements biologiques doivent être gardés entre 2 et 8 °C. Si un réfrigérateur de cabinet médical monte à 10 °C pendant une nuit, tout le lot peut être compromis. À l’inverse, les comprimés classiques doivent rester entre 20 et 25 °C. La chaleur, l’humidité, la lumière directe : autant d’ennemis invisibles.
Comment éviter ça ? Installez un thermomètre numérique avec alarme dans chaque réfrigérateur médical. Vérifiez-le chaque matin. Notez la température sur une feuille de contrôle - même dans un petit cabinet. Si vous n’avez pas de réfrigérateur dédié, utilisez un petit modèle de pharmacie, pas un réfrigérateur familial. Les fluctuations de température sont la première cause de dégradation prématurée.
Appliquez la règle FIFO : le premier entré, le premier sorti
Imaginez une étagère de médicaments. Les nouveaux arrivants sont mis au fond. Les anciens, ceux qui vont bientôt expirer, restent au premier plan. C’est ce qu’on appelle la règle FIFO - First In, First Out. C’est simple. C’est efficace. Et pourtant, 60 % des petites structures ne l’appliquent pas.
Comment faire ? Quand vous recevez une livraison, déplacez les anciens lots vers l’avant. Marquez clairement les dates de péremption avec des étiquettes colorées : rouge pour les médicaments qui expirent dans les 30 jours, orange pour les 30 à 90 jours, vert pour les plus de 90 jours. Faites une petite vérification chaque vendredi matin. Cinq minutes par semaine, et vous évitez des centaines d’euros de pertes chaque année.
Préparez les doses au plus juste
Le plus gros gain vient d’une simple idée : ne prescrivez pas plus que ce dont le patient a vraiment besoin. Un traitement de 30 jours pour une infection qui dure 7 jours ? C’est du gaspillage garanti. Des études montrent que lorsqu’on prescrit des doses fractionnées - par exemple, 7 jours au départ, puis renouvellement si nécessaire - le gaspillage chute de 37 % pour les traitements chroniques comme les antihypertenseurs ou les antidiabétiques.
Les pharmacies en France commencent à adopter ce système. Il s’appelle la « dispense au jour le jour » ou « split-fill ». Le patient repart avec une semaine de traitement. S’il revient, on lui donne la suivante. Pas besoin d’acheter un paquet entier. Pas besoin de jeter ce qui reste. C’est mieux pour le portefeuille du patient, mieux pour l’environnement, et mieux pour la sécurité : on réduit les risques de surdosage ou d’automédication.
Utilisez la technologie - ou au moins un bon tableau Excel
Les grandes structures utilisent des systèmes connectés comme Epic ou Omnicell. Ces plateformes scanent chaque flacon, alertent automatiquement quand un médicament approche de sa date limite, et génèrent des rapports de gaspillage. Mais vous n’avez pas besoin d’un budget de 15 000 € par an pour y arriver.
Si vous êtes un petit cabinet, un simple tableau Excel peut faire l’affaire. Créez une colonne pour le nom du médicament, une pour la date d’achat, une pour la date de péremption, et une pour le nombre de doses restantes. Mettez une formule qui vous alerte 30 jours avant l’expiration. Imprimez-le. Accrochez-le au mur. Vérifiez-le chaque semaine. C’est basique, mais ça marche. Une étude de l’Université du Michigan a montré que les systèmes de scan à barres-code atteignent 99,8 % de précision. Votre Excel, lui, atteint 100 % - si vous le tenez à jour.
Formez votre équipe - c’est la clé
La technologie ne remplace pas la vigilance humaine. La formation est le facteur le plus puissant pour réduire le gaspillage. Selon l’OMS, les établissements avec un programme de formation régulier voient 28 % moins de pertes que les autres.
Que faut-il enseigner ?
- Comment lire une date de péremption (pas la date de fabrication !)
- Comment vérifier l’intégrité du produit (coloration, odeur, particules)
- Comment stocker les produits sensibles
- Comment signaler un médicament endommagé
Organisez une réunion de 20 minutes tous les mois. Montrez des exemples réels. Parlez des erreurs passées. Encouragez les équipes à parler. Un infirmier a remarqué qu’un anticoagulant était devenu trouble - il a alerté. Ce médicament a été retiré avant d’être administré. C’est ça, la sécurité.
Disposez correctement - pas dans la poubelle
Ne jetez jamais de médicaments dans les toilettes, l’évier ou la poubelle domestique. Même s’ils sont périmés, ils polluent les eaux et les sols. L’Agence européenne des médicaments et l’EPA recommandent un seul moyen sûr : les points de collecte.
En France, les pharmacies participent à un réseau national de reprise. Vous pouvez déposer vos médicaments périmés, ou même non utilisés, dans n’importe quelle pharmacie. Ils sont ensuite collectés et incinérés selon des normes strictes. Il n’y a pas de frais. Il n’y a pas de question à poser. C’est gratuit, simple, et responsable.
Si vous êtes un professionnel de santé, assurez-vous que votre établissement a un bac de collecte dédié. Marquez-le clairement. Informez les patients. Un affichage simple à l’entrée de la pharmacie peut faire toute la différence.
Et si les médicaments étaient encore bons après la date ?
Une étude de la FDA en 2023 a montré que 90 % des médicaments testés, même 15 ans après leur date de péremption, conservaient au moins 90 % de leur efficacité. La date de péremption n’est pas une date de péremption de l’efficacité - c’est une date de garantie du fabricant. Elle indique jusqu’à quand le produit est garanti à 100 %, pas quand il devient dangereux.
Cela ne veut pas dire qu’il faut utiliser des pilules vieilles de 20 ans. Mais ça veut dire qu’on peut être plus souple. Si un médicament est bien conservé, sans changement de couleur, d’odeur ou de texture, et qu’il est dans sa condition d’origine, il peut souvent être utilisé au-delà de la date. Dans les situations d’urgence ou dans les zones isolées, cette flexibilité peut sauver des vies.
Le vrai problème, ce n’est pas la date. C’est la peur. La peur de l’inconnu. La peur de la responsabilité. La formation et la transparence permettent de transformer cette peur en confiance.
Les bons gestes en résumé
- Stockez les médicaments à la bonne température - vérifiez chaque jour.
- Appliquez la règle FIFO : les plus anciens en premier.
- Prescrivez et dispensez au plus juste - pas en paquet entier.
- Utilisez des étiquettes colorées pour repérer les prochaines péremptions.
- Faites une vérification hebdomadaire - chaque vendredi matin.
- Formez votre équipe régulièrement - même 20 minutes par mois.
- Ramenez les médicaments périmés à la pharmacie - jamais à la poubelle.
- Ne jetez pas un médicament juste parce qu’il dépasse sa date : vérifiez son apparence et demandez conseil.
Le coût du gaspillage, le gain de la prévention
Un cabinet de 3 médecins qui applique ces méthodes peut réduire son gaspillage de 25 à 30 %. Cela représente entre 4 000 et 7 000 euros économisés par an. Pas besoin d’investir dans un système coûteux. Juste d’être organisé. Juste d’être vigilant. Juste d’être responsable.
Et au-delà de l’argent ? C’est un geste pour la planète. Chaque comprimé évité, c’est un produit chimique en moins dans les nappes phréatiques. Chaque seringue recyclée, c’est un plastique en moins dans les océans. Ce n’est pas juste une question de gestion. C’est une question d’éthique.
Les médicaments sont-ils encore efficaces après leur date de péremption ?
Oui, dans de nombreux cas. Des études de la FDA et du ministère de la Défense américain montrent que 90 % des médicaments conservent leur efficacité bien après la date indiquée, à condition d’être stockés correctement. La date de péremption est une garantie du fabricant, pas une limite absolue. Vérifiez l’apparence du médicament : pas de changement de couleur, d’odeur ou de texture. Si tout semble normal, demandez à un pharmacien avant de le jeter.
Comment savoir si un médicament est encore bon à utiliser ?
Regardez d’abord l’emballage : est-il intact ? Ensuite, inspectez le produit : un comprimé doit être sec et de couleur uniforme, un liquide doit être clair sans particules. Une odeur bizarre ou un changement de consistance (ex. : une crème qui sépare) signifie qu’il est dégradé. Si vous avez un doute, ne l’utilisez pas. Apportez-le à une pharmacie pour qu’elle le vérifie ou le recycle.
Est-ce que les petites structures peuvent se permettre des systèmes numériques ?
Pas besoin. Un tableau Excel ou même une feuille papier avec des dates et des couleurs fonctionne très bien. Les systèmes numériques comme Epic ou Omnicell sont utiles pour les grands hôpitaux, mais pour un cabinet de 2 à 5 professionnels, la simplicité est plus fiable. L’important, c’est la régularité : vérifier chaque semaine, noter les dates, agir avant la péremption.
Où puis-je déposer mes médicaments périmés à Lyon ?
Toute pharmacie en France accepte les médicaments périmés ou non utilisés, sans frais et sans question. Vous pouvez déposer vos boîtes, flacons, seringues ou patchs dans le bac dédié à l’entrée de n’importe quelle pharmacie. À Lyon, les pharmacies de quartier comme celle du Vieux Lyon ou du 6e arrondissement participent toutes à ce réseau national. C’est simple, gratuit et écologique.
Pourquoi les pharmacies ne proposent-elles pas toujours des doses fractionnées ?
Parce que c’est plus long à préparer, et que les systèmes de remboursement ne favorisent pas encore cette pratique. Mais ça change. Les patients demandent de plus en plus de petites quantités. Les pharmacies qui proposent le « split-fill » voient une meilleure fidélisation et une réduction du gaspillage. Si vous êtes patient, demandez-le. Si vous êtes professionnel, proposez-le. C’est une solution gagnant-gagnant.
Philippe Labat
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